La fondation

« Maintenant c’est le moment d’agir »

C’est par ces mots écrits en 1131 que saint Bernard envoie l’ermite Geoffroy de Lauroux convaincre le duc Guillaume X d’Aquitaine de revenir sur sa décision de soutenir l’antipape Anaclet II.

En effet, à la mort du pape Honorius II en 1130, deux papes sont élus, Innocent II et Anaclet II. Cependant, une assemblée d’évêques fait appel à Bernard de Clairvaux, grand maître spirituel de l’ordre cistercien, pour trancher la question. Bernard de Clairvaux estime que le vrai pape est Innocent II. Convaincu par Geoffroy de Lauroux, le duc Guillaume X souhaite réparer sa faute. Pour se faire, il donne les terres de Fontaine-le-Comte, près de Poitiers et de Sablonceaux pour « y bâtir une église au Seigneur et l’usage de la forêt pour les frères servant le Seigneur ».

Geoffroy et ses compagnons, appelés à fonder l’Abbaye de Sablonceaux, s’organisent selon la Règle de saint Augustin régissant la vie des communautés de prêtres, les chanoines réguliers.

En 1160, le chantier de l’église abbatiale dédiée à Notre-Dame de l’Assomption est commencé. Construite dans un style roman sobre et très peu décoré, sa simplicité fait écho à la pauvreté évangélique que promeut l’ordre cistercien qui a fortement influencé la communauté. Le reste de l’abbaye forme un carré de bâtiments pour la vie des religieux.

Le domaine est constitué de « marais salants » et surtout de « landes et terres incultes ». Les religieux se concentrent assez vite sur leur vocation spirituelle, aussi la mise en valeur des terres est le fait « des hommes de l’abbé de Sablonceaux » (document de 1251) ou des « convers laïcs » (1442). L’abbaye semble en pleine prospérité au milieu du XIIIe siècle, rare époque de paix en Saintonge. On construit, pour recevoir les récoltes, de belles caves voûtées encore visibles aujourd’hui et un magnifique grenier à grain.


Visages présumés de Guillaume X, duc d’Aquitaine (à gauche) et de l’abbé Geoffroy de Lauroux (à droite), fondateurs de l’abbaye de Sablonceaux (chapiteau de la colonne à l’angle du transept droit et de la chapelle du Saint-Sacrement de l’église abbatiale).

Une histoire mouvementée

La guerre de Cent Ans (1337-1453) touche particulièrement la Saintonge. Les affrontements franco-anglais entrainent la destruction partielle de l’église abbatiale : le clocher, le chœur et les chapelles sont abattues puis reconstruits aux XIIIe et XIVe siècles dans le style gothique.

Durant les guerres de Religion (1562 – 1598) entre les catholiques et les protestants, c’est un bout de la nef qui est détruit. Cette partie n’a jamais été reconstruite et porte, encore aujourd’hui, les traces de ces affrontements.

Même si la guerre cesse en Saintonge après 1630, l’abbaye restera en ruine tout le XVIIe siècle. En 1621, elle est placée sous le régime de la « commende ». Nommés par le roi, les abbés ne sont plus des religieux de l’ordre de Saint-Augustin, mais des hauts dignitaires de l’Église qui ne vivent plus à l’Abbaye mais qui jouissent de ses revenus. La reconstruction est donc très lente.

La contre-réforme catholique est mise en œuvre. En 1633, Sablonceaux est placée sous la dépendance d’une prestigieuse abbaye : Chancelade, en Dordogne. La communauté est bien affaiblie et les chanoines sont désormais souvent originaires du Périgord. Cependant, l’un des abbés commendataires, Monseigneur de Maisonnoble, entreprend des reconstructions entre 1723 et 1731. Le chœur de l’abbatiale est réaménagé, les bâtiments conventuels sont reconstruits, et le réfectoire fait place à un « logis abbatial », constitué de salons et de logis réservés aux invités de l’abbé.

Après la Révolution française

En 1790, les 11 religieux sont expulsés. Un an plus tard, l’abbaye est mise en vente pour 39 320 livres dont une partie payée à terme, le sera en assignats !

La famille Le Moine, premier propriétaire, n’a ni les moyens ni l’envie d’entretenir tant de bâtiments. Les bâtisses deviennent donc des carrières servant à la construction des maisons alentours. En 1856, un presbytère est construit grâce à la générosité de 14 notables de Sablonceaux. L’arrivée d’un prêtre permet de relancer la vie spirituelle à l’abbaye mais les bâtiments continuent de s’effondrer.

En 1905, l’église est classée Monument Historique sans effet sur la restauration en raison d’un manque d’argent. Mais le second propriétaire, le docteur Martz, réaménage l’abbaye en cure de santé et fait réaliser quelques travaux qui permettent de sauver la salle capitulaire. De 1939 à 1944, de nombreux enfants seuls (parents déplacés, en fuite, déportés ou morts) sont recueillis par la sœur du nouveau propriétaire de l’abbaye, Mademoiselle Cornardeau.
Après cet épisode lumineux, la vie quotidienne reprend et l’abbaye devient une laiterie (camembert « le vieux porche ») puis une entreprise agricole.

Les enfants de l’orphelinat.

Renaissance

C’est André Malraux qui lance les travaux de restauration définitive de l’abbatiale. De 1963 à 1983, la maçonnerie est entièrement reprise ainsi que la toiture et le chœur. La remise en état du reste des bâtiments abbatiaux, grenier, logis, cellier est réalisée en 1985 et s’est poursuivie en 2009 par la salle capitulaire.

Aujourd’hui

En 1986, l’abbaye est rachetée par le diocèse de La Rochelle-Saintes qui y installe la Communauté du Chemin Neuf. L’abbaye de Sablonceaux retrouve une vocation spirituelle qui se développe autour des axes suivants :

C’est ainsi que se réalise le souhait du duc Guillaume X qui donnait en 1136 le lieu de Sablonceaux à

« Geoffroy de Lauroux et à ses frères…et à leurs successeurs destinés à servir religieusement le Seigneur. »