Histoire

La fondation (XIIe et XIIIe siècles)

“Maintenant c’est le moment d’agir”, c’est par ces mots écrits en 1131 que Saintt Bernard envoie l’ermite Geoffroy de Lauroux convaincre le duc Guillaume X d’Aquitaine de renoncer à soutenir l’antipape Anaclet. Ceci sera fait après quatre ans d’efforts et en 1135, pour réparer sa faute, le duc donne ses possessions dans la région de Sablonceaux en Saintonge et dans celle de Fontaine le Comte, près de Poitiers, pour “y bâtir une église au Seigneur et l’usage de la forêt pour les frères servant le Seigneur”.
Geoffroy et ses compagnons, appelés à fonder l’Abbaye de Sablonceaux, s’organisent selon la règle de Saint Augustin régissant la vie des communautés de prêtres (chanoines) et deviennent ainsi des Chanoines Réguliers de Saint Augustin.
Le grand chantier de l’église abbatiale est bien lancé en 1160 (le chœur, les coupoles) et frappe par le choix de grandeur et de simplicité : pas de sculptures, pas de décor. Le choix de Geoffroy pour une pauvreté évangélique radicale y a sûrement contribué. Le reste du monastère forme un carré de bâtiments pour la vie des religieux, centré autour du cloître.
Le domaine est constitué de “marais salants” et surtout de “landes et terres incultes”. Les religieux se concentrent assez vite sur leur vocation spirituelle, aussi la mise en valeur des terres est le fait “des hommes de l’abbé de Sablonceaux”(cf un document de 1251) ou des “convers laïcs”(1442).
Probablement plusieurs dizaines d’agriculteurs sont attirés vers les terres de l’abbaye grâce à des baux favorables.
L’Abbaye semble en pleine prospérité au milieu du XIIIème siècle, rare époque de paix en Saintonge. On construit, pour recevoir les récoltes, de belles caves voutées encore visibles aujourd’hui et un magnifique grenier à grain.

Notre Dame de l’Assomption

D’après l’abbé Briand, l’abbaye de Sablonceaux fut fondée sous le titre de l’Assomption de la Vierge. Le chœur, ayant été détruit par les guerres anglaises, fut reconstruit à la fin du  XIII° siècle dans le style gothique et une représentation de L’Assomption de la Vierge a été sculptée à la Clef de voûte. Marie est représentée entre deux anges. Après beaucoup de malheurs et de nombreuses années de laisser aller voire d’abandon, Mgr de Maisonnoble a entrepris une restauration de l’église avec en particulier la création d’un grand retable en chêne pour fermer le chœur et au centre un grand tableau représente l’Assomption. Lors de restaurations des années 1970, le retable qui masquait en partie la grande verrière du chœur a été déplacé dans le transept gauche. Comme il était trop volumineux, il a été rétréci. L’autel et le tableau en ont été extraits et placés de chaque côté du grand retable.

L’autel superbement restauré en 2004 se trouve, dans la chapelle de la Sainte Vierge, sous un vitrail du XIX° siècle représentant la Vierge (Apocalypse, 12 1-2).

« Puis un grand signe parut dans le ciel : une Femme revêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement »

Elle est représentée sans ceinture pour signifier qu’elle est enceinte

Guerres de 100 ans

Les guerres franco-anglaises, dites guerres de 100 ans, touchent particulièrement la Saintonge du XIIIème au XVème siècle. Puis c’est l’anarchie qui s’installe quand des bandes armées vivent dans le pays. L’église abbatiale perd son clocher et son chœur roman, la communauté religieuse se disperse. Mais le courage revient et aux XIVème et XVème siècles, on rebâtit dans un style gothique hardi et lumineux un nouveau chœur et un nouveau clocher.

Guerres de religions

À partir de 1542, les idées de la Réforme sont propagées en Saintonge par des moines ayant séjourné en Allemagne. Comme ailleurs en France, la répression contre la Réforme va être violente, mais cette répression affermit le courage des réformés.
Alors que les églises réformées se multiplient en Saintonge, Sablonceaux et ses alentours forment un bastion de résistance catholique, et l’Abbaye entre de nouveau dans la tourmente. L’abbé rassemble ses vassaux et gens d’armes qui sont engagés dans de violents combats.
Cela n’empêche pas l’église d’être prise par les huguenots une première fois en 1568 et d’être fortement endommagée.
Mais l’attaque la plus meurtrière aura lieu en 1622 : l’Abbaye est assiégée par Soubise. La nef est à moitié détruite, deux coupoles sont abattues et certains des bâtiments sont si détériorés qu’il faudra les reprendre à partir des fondations.
Même si la guerre cesse en Saintonge après 1630, l’Abbaye restera en ruine tout le XVIIème siècle.
Deux changements majeurs sont mis en œuvre :
En 1621, l’Abbaye est placée sous le régime de la « commende ». Nommés par le roi, les abbés ne sont plus des religieux de l’ordre de Saint Augustin, mais des hauts dignitaires de l’Eglise qui ne vivent plus à l’Abbaye. Ces abbés, qui jouissent des revenus de l’Abbaye, l’utilisent comme source d’enrichissement personnel et se désintéressent du reste. La reconstruction est donc très lente.
La contre-réforme catholique est mise en œuvre, et en 1633 Sablonceaux est placée sous la dépendance d’une prestigieuse Abbaye : Chancelade en Dordogne. La communauté est bien affaiblie et les chanoines sont désormais souvent originaires du Périgord.

La reconstruction

Les plaintes des chanoines et de leur prieur sont enfin écoutées, et le nouvel abbé commendataire, Monseigneur de Maisonnoble engage une grande campagne de reconstruction de 1723 à 1731. Ses successeurs achèvent les travaux qui donneront aux bâtiments leur aspect actuel.
Le chœur de l’abbatiale est réaménagé au goût du jour : sur les côtés, des stalles en bois pour les offices et une chaire pour commenter la parole de Dieu. Contre le chevet, un retable très théâtral (colonnade, statues de saints …) exalte en son centre l’assomption de la Vierge Marie pour affirmer clairement l’identité catholique du lieu. Les bâtiments conventuels sont reconstruits, et le réfectoire fait place à un « château abbatial », constitué de salons et de logis réservés aux invités de l’abbé.
Enfin pendant tout le XVIIIème, les chanoines partagent leur abbatiale avec les villageois. L’église ayant été détruite pendant les guerres de religions. Ils prêtent la chapelle et le transept nord (séparé de l’ensemble par un haut mur), autorisent la construction d’une petite sacristie derrière l’autel et d’un campanile, toujours visible.

La révolution

Avec la révolution, l’Abbaye prend un tournant décisif !
1789 : sur le fronton du portail, terminé depuis peu sont gravées des inscriptions : « La Nation », « La Loy Le Roy », « La Constitution ». Le mot Roy disparaîtra quelques années plus tard.
1790 : les 11 religieux de Sablonceaux sont expulsés, mais il faut noter qu’il n’y aura aucun vandalisme révolutionnaire ; les bâtiments sont intacts.
Que deviennent les chanoines ?
Un seul prêtera le serment civique, mais aimé de ses paroissiens sera nommé par eux, pour le garder, Capitaine de la Garde Nationale (jusqu’en 1794). Un autre sera dénoncé pour avoir « attiré chez lui de jeunes personnes pour leur faire faire clandestinement leur première communion » Plusieurs émigreront en Espagne ou se retireront dans leur famille.
1791 : l’abbaye est mise en vente pour 39 320 livres dont une partie payée à terme, le sera en assignats !

Sans les moines

La famille Le Moyne, premier propriétaire, n’a ni les moyens ni l’envie d’entretenir tant de bâtiments. Les bâtisses deviennent donc des carrières servant à la construction des maisons alentours.
Quant à l’abbatiale, elle restera fermée jusqu’en 1847 faute d’entretien.
En 1856, un presbytère est construit grâce à la générosité de 14 notable de Sablonceaux. Des réparations d’urgence sont faites par la commune pour la sécurité des paroissiens, et un prêtre résident est nommé permettant ainsi à la vie paroissiale de renaître.
En 1905, l’église est classé Monument Historique sans effet sur la restauration pour manque d’argent.
Car le provisoire dure, et l’église menace ruine de nouveau. Des travaux, encore provisoires, sont effectués dans les années 1930. Malgré cela, à la veille de la deuxième guerre mondiale, de nombreux étais et échafaudages aident l’église à tenir.
Pendant ce temps, le reste de l’abbaye continue de s’effondrer malgré le classement partiel en 1923.
1925 : effondrement de la salle capitulaire
1928 : effondrement d’une poutre maîtresse de la toiture au-dessus des cellules entre les deux guerres : effondrement de l’ancien appartement du prieur et de bâtiment y menant.

L’orphelinat

Une étincelle de la vie dans ces pages sombres  ! De 1939 à 1944, de nombreux enfants seuls, (parents déplacés, en fuite, déportés ou morts) sont recueillis par la sœur du nouveau propriétaire de l’abbaye. C’est ainsi que Mlle Cornardeau et de nombreuses femmes des alentours se dévouent sans compter pour nourrir et éduquer tous ces garçons ; plus d’une centaine en 1944 !
Après cet épisode lumineux, la vie quotidienne reprend ses droits et « l’abbaye » devient laiterie (camembert « le vieux porche ») puis entreprise agricole.

Renaissance

C’est André Malraux qui lancera les travaux de restauration définitive de l’abbatiale. De 1963 à 1983, la maçonnerie sera entièrement reprise ainsi que la toiture et le chœur qui retrouvera, à cette occasion, sa sobriété du 14ème, le mobilier baroque du 18ème étant alors déplacé dans la chapelle nord.
A cette occasion, seront mises à jour des peintures murales cachées par les stalles et le rentable et ayant échappé au « nettoyage » des églises fait au 19ème siècle.
La remise en état du reste des bâtiments abbatiaux, grenier, logis cellier a débuté en 1985 et s’est poursuivie en 2009 par la Salle Capitulaire.

Aujourd’hui

Le diocèse de La Rochelle-Saintes rachète en 1986 les bâtiments abbatiaux (suite au décès du propriétaire) et installe dans les lieux la Communauté du Chemin Neuf.
Sablonceaux renaît une nouvelle fois et la vie spirituelle se développe autour des axes suivants :
* La prière, animée par la Communauté et ouverte à tous
* L’accueil individuel ou en groupe
* La formation chrétienne, assurée par la communauté, en lien avec le diocèse et avec la participation d’autres églises. L’étude de la Bible, Parole de Dieu pour tous aujourd’hui est au cœur de la formation.
* Le travail, avec un atelier de poterie animé par un membre de la communauté du Chemin Neuf.
C’est ainsi que se réalise le souhait du Duc Guillaume qui donnait en 1136 le lieu de Sablonceaux à « Geoffroy de Laroux et à ses frères … et à leurs successeurs destinés à servir religieusement le Seigneur »